
En marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le Ministre camerounais de la Santé publique, le Dr MANAOUDA Malachie, a pris part à un side event de haut niveau co-organisé par Africa CDC et MSH. Il y a partagé l’expérience du Cameroun en matière de prévention, de préparation et de riposte face aux urgences sanitaires.
New York, le 24 septembre 2026. Club 101, 101 Park Avenue. Le Dr MANAOUDA Malachie, Ministre de la Santé publique du Cameroun, intervient lors d’une rencontre organisée en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, sur le thème : « Beyond Panic and Neglect: The Role of Health Systems in PPPR » autrement dit, le rôle des systèmes de santé dans la prévention, la préparation et la riposte.
Devant les participants, le Ministre a remercié le Directeur Général d’Africa CDC ainsi que Marian Wentworth, Directrice Générale de MSH, pour l’organisation de cette discussion et pour l’opportunité offerte au Cameroun de présenter son expérience.
« La préparation ne peut pas être improvisée au moment de la crise »
La principale leçon opérationnelle que tire le Cameroun de ces dernières années est celle ci, selon le Ministre :
« La préparation aux urgences sanitaires ne peut pas être improvisée au moment de la crise. Elle doit être une capacité permanente du système de santé, entretenue, exercée et opérationnelle en tout temps. »
Le Dr MANAOUDA Malachie a rappelé que les investissements consentis au fil des années dans la surveillance, le transport des échantillons, les capacités de laboratoire, la coordination des urgences et la formation des équipes ont été déterminants. Les acquis consolidés pendant la pandémie de COVID-19 ont notamment renforcé la capacité de réponse du Cameroun face aux épidémies actuelles de choléra et de Mpox, avec une détection plus rapide des signaux, y compris dans les communautés éloignées, les zones difficiles d’accès et certains contextes humanitaires.
Choléra et Mpox : l’épreuve du terrain
L’épidémie actuelle de choléra fournit une illustration concrète de cette approche. Dans des districts sanitaires difficiles d’accès, tant sur le plan géographique que sécuritaire, la détection communautaire, la notification rapide des cas et la coordination multisectorielle au niveau opérationnel ont permis d’engager rapidement la réponse et d’infléchir la courbe de transmission.
« Cela montre que la résilience du système se mesure d’abord à sa capacité à agir efficacement là où les contraintes sont les plus fortes », a souligné le Ministre.
Dans la réponse au Mpox, l’implication communautaire a également été essentielle : identification des cas suspects, accompagnement des personnes concernées et adhésion à la vaccination.
La détection commence souvent au niveau communautaire
Pour le Cameroun, la détection précoce commence souvent au niveau communautaire. Lorsque les acteurs communautaires, les structures de soins de santé primaires et les districts sanitaires sont pleinement intégrés au dispositif de surveillance, l’alerte remonte plus vite, l’orientation des cas est plus efficace et les interventions sont mieux comprises et acceptées par les populations.
Mais la détection n’a d’impact que si elle est suivie d’une confirmation rapide et d’une décision coordonnée. Dans les zones reculées, les délais de transport des échantillons et de confirmation biologique peuvent ralentir la mise en œuvre des interventions. Le Ministre a donc plaidé pour que les acquis soient préservés et renforcés, afin de rapprocher les capacités de confirmation du terrain lorsque cela est possible et, à défaut, d’accélérer les circuits de référence pour les communautés les plus éloignées.
Institutionnaliser : plans, budgets, simulations, formation
Pour le Cameroun, institutionnaliser ces capacités signifie les inscrire durablement dans le fonctionnement ordinaire du système de santé : plans, budgets, supervision, exercices de simulation et formation continue.
Les équipes de gestion des urgences de santé publique, les équipes d’intervention rapide, les personnels des soins de santé primaires et les acteurs communautaires doivent être préparés avant la crise, et non mobilisés seulement lorsqu’elle éclate.
L’ambition affichée est de passer d’une réponse ponctuelle aux urgences à une capacité nationale permanente de prévention, de détection et de riposte : un système capable de détecter tôt au niveau communautaire, de confirmer rapidement, de coordonner l’action et de déployer des équipes prêtes à intervenir, y compris dans les régions les plus difficiles d’accès.
Une action prioritaire pour les 12 à 24 prochains mois
Interrogé sur l’action prioritaire à mener dans les 12 à 24 mois, le Dr MANAOUDA Malachie a répondu que le Cameroun veut faire de la préparation une fonction régulière, mesurable et financée du système de santé, du niveau central jusqu’au district de santé et aux communautés.
Cela passe par :
· l’amélioration de la surveillance, notamment dans le cadre de l’approche One Health ;
· le renforcement du système de transport des échantillons et de confirmation biologique ;
· le maintien de la formation continue des équipes d’intervention jusqu’au niveau communautaire.
Le Ministre a également évoqué les financements catalytiques tels que le Pandemic Fund, le Programme de sécurité sanitaire ou encore America First. Pour lui, leur valeur sera réelle s’ils renforcent les priorités nationales et contribuent à mobiliser davantage de financement domestique.
« La pérennité de la préparation ne peut pas dépendre uniquement de financements exceptionnels ; elle doit être portée par nos budgets, nos institutions et nos responsabilités nationales. »
La sécurité sanitaire ne s’arrête pas aux frontières
Enfin, le Cameroun par la voix de l’émissaire du Président de la République, S.E Paul BIYA considère que la sécurité sanitaire ne s’arrête pas aux frontières. Les capacités nationales seront d’autant plus efficaces que les pays de la région avanceront ensemble. Le Ministre a insisté sur la nécessité de renforcer l’appui entre pays ainsi que la coordination régionale et sous-régionale, comme cela se fait actuellement en Afrique centrale avec l’appui d’Africa CDC, de l’OMS, de la CEMAC et de la Fondation Gates.
« Notre cap est le suivant: maintenir les acquis, les tester régulièrement, les financer durablement et les inscrire dans une solidarité régionale effective. C’est ainsi que la préparation devient une capacité nationale permanente, et non une réponse ponctuelle au fil des crises. »
Clavère NKEN et Emmanuel ABENA
la santé, un avenir prometteur.
la vision de développement à long terme du Gouvernement est l’accession du Cameroun au stade de pays émergent aussi bien du point de vue économique qu’industriel à l’horizon 2035. Dans cette perspective, le rôle du secteur de la santé est fondamental dans la mesure où il ne saurait y avoir de développement sans une bonne santé des populations.